Au moment d’équiper un tableau neuf ou de compléter un tableau existant, les catalogues proposent deux familles de disjoncteurs divisionnaires : peignables et embrochables. Le choix ne change rien au rôle de l’appareil, qui coupe le circuit en cas de surcharge ou de court-circuit, mais il détermine la façon dont le tableau se câble, s’agrandit et s’entretient. Ce guide explique précisément ce qui distingue les deux systèmes, lève une confusion fréquente avec les bornes automatiques et vous donne une méthode de choix selon votre situation.
Disjoncteur peignable ou embrochable : quelle est la différence ?
La différence porte sur l’alimentation du disjoncteur, c’est-à-dire la façon dont le courant arrive depuis l’interrupteur différentiel.
Le disjoncteur peignable
Le disjoncteur peignable s’alimente par ses bornes supérieures grâce à un peigne : une barrette métallique isolée dont les dents viennent se loger dans les bornes de chaque appareil d’une rangée. On utilise un peigne pour la phase et un autre pour le neutre, comme le rappelle izi by EDF. Le peigne est lui-même raccordé en sortie de l’interrupteur différentiel. Les départs vers les circuits (prises, éclairage, appareils) se raccordent ensuite en bas du disjoncteur, sur des bornes à vis ou, selon les gammes, sur des bornes automatiques.
Le disjoncteur embrochable
Le disjoncteur embrochable se clipse sur un répartiteur monté sur le rail, qui distribue le courant sur toute la rangée. Chez Schneider Electric, gamme Resi9 XE, ce répartiteur existe par exemple en 13 modules de 18 mm, pour un courant assigné de 63 A ; il s’alimente par un interrupteur différentiel ou par un câble protégé en amont, et seuls les produits embrochables de la même gamme s’y connectent (fiche fabricant R9EXHC13). Le disjoncteur n’a donc plus de borne d’arrivée à serrer : il suffit de l’embrocher, puis de raccorder le départ sur ses bornes automatiques.
Une confusion fréquente : peignable ne veut pas dire « à vis »
Beaucoup de comparatifs opposent « embrochable = sans vis » et « peignable = à vis ». C’est inexact. Il existe des disjoncteurs peignables à bornes automatiques : le disjoncteur phase-neutre DNX³ de Legrand en version automatique s’alimente par un peigne clipsé et reçoit ses conducteurs sur des bornes sans vis (sauf le calibre 32 A, à vis, selon la fiche revendeur). Hager propose aussi du matériel peignable à connexion automatique. Retenez donc deux questions distinctes : comment le disjoncteur est-il alimenté (peigne ou répartiteur embrochable) et comment les fils de départ sont-ils serrés (vis ou borne automatique) ?
Tableau comparatif embrochable vs peignable
| Critère | Disjoncteur peignable | Disjoncteur embrochable |
|---|---|---|
| Alimentation | Peigne de phase et de neutre sur les bornes supérieures | Répartiteur sur rail, contact direct à l’embrochage |
| Raccordement des départs | Bornes à vis ou automatiques selon la gamme | Bornes automatiques |
| Temps de pose | Plus long (coupe et pose du peigne, serrage) | Plus court, sans serrage de l’alimentation |
| Entretien | Bornes à vis à contrôler dans le temps (risque d’échauffement si desserrage) | Pas de resserrage des connexions |
| Ajout d’un circuit | Possible si une dent de peigne est libre ou en recoupant/remplaçant le peigne | Il suffit d’embrocher un appareil sur un emplacement libre du répartiteur |
| Compatibilité | Peignes propres à chaque gamme ; offre très large | Système fermé : répartiteur et appareils de la même gamme uniquement |
| Prix | Généralement le moins cher | Souvent plus cher à l’achat (écart variable selon les gammes) |
Quels sont les avantages et inconvénients de chaque système ?
Peignable : le standard éprouvé
Le peignable est la solution la plus diffusée dans les tableaux résidentiels. Ses atouts : un prix d’appareil généralement plus bas, un large choix de références et la possibilité de trouver facilement un disjoncteur de remplacement dans la gamme d’origine. Le peigne donne un câblage d’alimentation propre, sans multiplication de ponts entre appareils.
Son point faible concerne les versions à vis : une borne mal serrée, ou qui se desserre avec les cycles de chauffe, peut provoquer un échauffement. izi by EDF recommande de vérifier périodiquement le serrage de ces bornes. Les versions peignables à bornes automatiques réduisent ce risque pour les départs.
Embrochable : la pose rapide et sans serrage
L’embrochable supprime l’étape du peigne et le serrage des arrivées : la pose est plus rapide et le risque d’erreur de serrage disparaît sur l’alimentation. Ajouter un circuit consiste à embrocher un appareil sur une place libre du répartiteur, ce qui facilite les évolutions. Schneider associe aussi à la gamme Resi9 XE des fonctions combinées (contacteur, télérupteur, prise modulaire) qui évitent des câbles de pontage.
En contrepartie, vous dépendez d’un système fermé : répartiteurs, disjoncteurs et différentiels doivent appartenir à la même gamme embrochable. Le coût d’achat est souvent plus élevé et, dans un tableau existant non prévu pour ce système, il faut remplacer les rangées concernées plutôt qu’ajouter un simple appareil.
Lequel choisir selon votre situation ?
- Vous complétez un tableau existant : gardez le système déjà en place, dans la même marque et la même gamme. Un peigne ou un répartiteur n’accepte que les appareils prévus pour lui. Mélanger embrochable et peignable complique le câblage et la conformité, comme le souligne izi by EDF.
- Vous créez un tableau neuf ou le remplacez entièrement : les deux systèmes conviennent. Choisissez l’embrochable si vous privilégiez la rapidité de pose et l’absence de resserrage ; le peignable si vous privilégiez le budget et la disponibilité des pièces.
- Votre budget est serré : le peignable, idéalement en version à bornes automatiques pour limiter l’entretien des départs.
- Vous prévoyez d’ajouter des circuits (borne de recharge, pompe à chaleur, extension) : les deux systèmes le permettent si vous laissez de la place. Prévoyez la réserve demandée par la norme et, en embrochable, des emplacements libres sur le répartiteur.
Pour comparer les fabricants eux-mêmes, consultez notre article sur les marques de tableau électrique à privilégier.
Quels critères vérifier avant d’acheter un disjoncteur ?
Que le disjoncteur soit embrochable ou peignable, la protection reste soumise aux mêmes règles de la norme NF C 15-100 :
- Le calibre adapté à la section du câble : par exemple 16 A pour un circuit de prises en 1,5 mm², 20 A pour un circuit de prises en 2,5 mm², 32 A pour une plaque de cuisson en 6 mm² (d’après izi by EDF). Un calibre trop élevé ne protège plus le conducteur.
- Le pouvoir de coupure, indiqué sur l’appareil (par exemple 6 kA sur le DNX³ de Legrand).
- La compatibilité exacte avec le peigne ou le répartiteur en place : même fabricant, même gamme, même type (phase-neutre, bipolaire, tétrapolaire).
- Le type de conducteur admis par les bornes automatiques : fil rigide, souple, avec ou sans embout. Les préconisations diffèrent selon les gammes (fil rigide préconisé pour le DNX³ automatique de Legrand, fil souple avec embout pour Resi9 XE selon les fiches de revendeurs) : lisez la notice.
- Les règles du tableau : 8 disjoncteurs au maximum par interrupteur différentiel 30 mA, au moins deux interrupteurs différentiels et une réserve de 20 % d’emplacements libres.
- Le marquage NF et la conformité à la norme produit des disjoncteurs domestiques.
Le rôle des interrupteurs différentiels qui alimentent vos rangées est détaillé dans notre guide sur l’utilité de l’interrupteur différentiel, et le vocabulaire (calibre, courbe, pouvoir de coupure) dans notre lexique de l’électricité.
Comment se passe l’installation d’un disjoncteur embrochable ou peignable ?
Intervenir dans un tableau présente un risque d’électrocution : l’arrivée reste sous tension en amont du disjoncteur de branchement. Si vous n’êtes pas formé, confiez le travail à un électricien qualifié. Pour comprendre ce qu’il fera, voici les grandes étapes :
- Couper le courant au disjoncteur de branchement (disjoncteur général) et vérifier l’absence de tension avec un testeur adapté.
- Peignable : clipser le disjoncteur sur le rail, engager le peigne de phase et de neutre sur toute la rangée (en respectant le sens et la longueur prévus par le fabricant), serrer ou verrouiller le peigne, puis raccorder le départ en bas de l’appareil.
- Embrochable : embrocher l’appareil sur un emplacement libre du répartiteur jusqu’au verrouillage, puis insérer le conducteur de départ dans la borne automatique à la profondeur de dénudage indiquée.
- Contrôler chaque connexion (traction légère sur les fils en borne automatique, serrage au couple indiqué en borne à vis), poser les obturateurs de dents libres et le capot.
- Remettre sous tension, tester chaque circuit et le bouton test des interrupteurs différentiels, puis mettre à jour l’étiquetage du tableau.
Pour les connexions hors tableau, dans les boîtes de dérivation, les bornes automatiques de type Wago obéissent à la même logique : voir notre article sur le raccordement des fils avec des bornes Wago.
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Questions fréquentes
Peut-on mettre un disjoncteur embrochable dans un tableau peignable ?
Non. Un disjoncteur embrochable a besoin du répartiteur de sa gamme pour être alimenté, ce qu’un tableau équipé de peignes n’a pas. Mélanger les deux systèmes est déconseillé : restez sur le système et la gamme déjà installés, ou remplacez la rangée complète.
Le disjoncteur embrochable est-il plus sûr que le peignable ?
Les deux assurent la même protection contre les surcharges et les courts-circuits s’ils sont bien choisis et bien posés. L’embrochable supprime le serrage des arrivées, donc le risque de borne desserrée à cet endroit. Un peignable correctement serré, ou à bornes automatiques, reste parfaitement sûr.
Peut-on mélanger les marques de disjoncteurs dans un même tableau ?
Sur une même rangée, non : peignes et répartiteurs sont conçus pour les appareils de leur gamme. Monter un appareil d’une autre marque sur un peigne non prévu pour lui peut donner un mauvais contact et un échauffement.
Quel est le moins cher, embrochable ou peignable ?
Le peignable est généralement moins cher à l’achat et proposé par tous les fabricants. L’embrochable coûte souvent plus cher mais fait gagner du temps de pose, ce qui peut réduire la main-d’œuvre. L’écart réel dépend des gammes et des revendeurs.
Un disjoncteur peignable est-il forcément à vis ?
Non. Plusieurs fabricants, dont Legrand et Hager, proposent des disjoncteurs peignables à bornes automatiques. Le peigne concerne l’alimentation par le haut, tandis que les bornes à vis ou automatiques concernent le raccordement des départs.

