Dans un tableau électrique, l’interrupteur différentiel est l’appareil qui veille sur les personnes plutôt que sur les câbles. Il ne sert à rien tant que l’installation est saine, mais il devient décisif le jour où un appareil présente un défaut d’isolement ou qu’une personne touche une partie sous tension. Ce guide explique son rôle, son fonctionnement, les règles d’installation de la NF C 15-100, comment choisir le bon type et comment vérifier qu’il fonctionne.
À quoi sert un interrupteur différentiel ?
Son rôle est de détecter un courant de fuite et de couper l’alimentation des circuits placés sous lui avant que ce courant ne devienne dangereux. Une fuite se produit lorsqu’une partie du courant ne revient pas par le neutre mais s’échappe vers la terre : par la carcasse métallique d’un lave-linge dont un fil est abîmé, par l’humidité dans une boîte de dérivation, ou par le corps d’une personne.
Il protège donc contre deux risques :
- l’électrisation et l’électrocution, en cas de contact avec une masse mise accidentellement sous tension ;
- l’incendie d’origine électrique, car une fuite persistante dans un isolant dégradé peut provoquer un échauffement.
Son efficacité suppose une installation reliée à la terre : c’est la prise de terre qui permet au courant de fuite de s’écouler et au différentiel de le détecter. Si votre logement n’en dispose pas, lisez notre article sur les mesures à prendre dans un appartement sans prise de terre.
Comment fonctionne un interrupteur différentiel ?
À l’intérieur de l’appareil, la phase et le neutre traversent un tore magnétique. En fonctionnement normal, le courant qui entre par la phase est égal à celui qui ressort par le neutre : leurs effets magnétiques s’annulent. Si une partie du courant fuit ailleurs, un déséquilibre apparaît. Le tore le détecte et, dès que l’écart atteint la sensibilité de l’appareil, un mécanisme ouvre le circuit.
La sensibilité, notée IΔn, est exprimée en milliampères. Pour la protection des personnes dans l’habitat, la valeur retenue est 30 mA, dite « haute sensibilité ». Le calibre (par exemple 40 A ou 63 A) indique, lui, l’intensité maximale que l’appareil peut laisser passer en permanence.
Interrupteur différentiel ou disjoncteur différentiel : quelle différence ?
Les deux termes sont souvent confondus, alors que les appareils n’assurent pas les mêmes protections.
| Appareil | Protège contre les fuites de courant | Protège contre surcharges et courts-circuits | Emplacement habituel |
|---|---|---|---|
| Interrupteur différentiel | Oui | Non | Tête de rangée, en amont de plusieurs disjoncteurs divisionnaires |
| Disjoncteur divisionnaire | Non | Oui | Un par circuit (prises, éclairage, four…) |
| Disjoncteur différentiel | Oui | Oui | Protection d’un circuit isolé ou de l’ensemble (disjoncteur de branchement) |
L’interrupteur différentiel doit donc toujours être associé à des disjoncteurs divisionnaires, qui protègent chaque circuit contre les surintensités. Le choix entre modules embrochables et peignables est détaillé dans notre comparatif disjoncteur embrochable ou peignable.
Quels types d’interrupteurs différentiels existe-t-il ?
Le « type » indique la forme de courant de fuite que l’appareil sait détecter. Les appareils électroniques modernes produisent des fuites qui ne sont pas toujours purement alternatives, d’où plusieurs familles.
| Type | Ce qu’il détecte | Circuits concernés en logement |
|---|---|---|
| AC | Courants de fuite alternatifs | Circuits courants : éclairage, prises, chauffage électrique |
| A | Courants alternatifs et courants à composante continue | Obligatoire pour la plaque de cuisson, le lave-linge et le circuit de recharge de véhicule électrique |
| F | Comme le type A, avec une meilleure immunité aux déclenchements intempestifs | Équipements à variateur de vitesse monophasé : pompe à chaleur, climatisation |
| Hpi / Si (selon fabricant) | Type A ou AC à immunité renforcée | Circuits à ne pas couper sans raison : congélateur, informatique |
| B | Tous types de fuites, y compris continues lisses | Installations triphasées spécifiques |
Le cas particulier de la chaudière et des appareils de chauffage au gaz est traité dans notre guide pour choisir l’interrupteur différentiel d’une chaudière à gaz.
Que dit la norme NF C 15-100 sur les interrupteurs différentiels ?
La NF C 15-100 encadre les installations électriques basse tension. Sa version révisée, publiée en août 2024 par l’AFNOR, s’applique aux installations neuves et aux parties rénovées depuis septembre 2025. Pour les dispositifs différentiels d’un logement, les règles à retenir sont les suivantes :
- tous les circuits sont protégés par un dispositif différentiel 30 mA ;
- le logement comporte au moins deux interrupteurs différentiels, quelle que soit sa surface : au minimum un de type A et un de type AC ;
- 8 circuits au maximum par interrupteur différentiel ;
- un calibre de 40 A ou 63 A, déterminé à partir de l’intensité des circuits placés en aval et de celle du disjoncteur de branchement ;
- une réserve d’au moins 20 % dans le tableau pour les ajouts futurs.
La répartition des circuits entre plusieurs différentiels a aussi un intérêt de confort : si l’un déclenche, les circuits raccordés aux autres restent alimentés. Mieux vaut par exemple répartir les circuits d’éclairage sur deux rangées pour ne pas se retrouver dans le noir.
La norme n’est pas rétroactive : un logement ancien n’est pas tenu de s’y conformer en tout point. Lors de la vente ou de la location d’un logement dont l’installation a plus de 15 ans, le diagnostic électricité obligatoire vérifie toutefois la présence d’une protection différentielle adaptée.
Comment choisir et installer un interrupteur différentiel ?
Le choix repose sur trois critères : la sensibilité (30 mA en logement), le type (selon les appareils raccordés) et le calibre (40 ou 63 A). Vérifiez aussi la compatibilité avec votre tableau : même marque ou même gamme pour les peignes et les borniers. Notre sélection des marques de tableau électrique peut vous aider.
Les étapes d’un remplacement ou d’un ajout, tel qu’un électricien le réalise :
- Couper l’alimentation générale au disjoncteur de branchement et vérifier l’absence de tension avec un appareil de mesure adapté.
- Repérer les circuits alimentés par l’appareil et noter le raccordement existant.
- Déposer l’ancien module et clipser le nouveau sur le rail.
- Raccorder l’arrivée et les départs (phase et neutre) en respectant le sens indiqué sur l’appareil et le couple de serrage des bornes.
- Remettre sous tension, réarmer, puis appuyer sur le bouton test pour contrôler le déclenchement.
- Mettre à jour l’étiquetage du tableau.
Une intervention dans le tableau électrique expose à des risques graves. Si vous n’avez pas les compétences et le matériel de vérification, confiez-la à un électricien qualifié.
Comment vérifier qu’un interrupteur différentiel fonctionne ?
Legrand recommande d’appuyer une fois par mois sur le bouton test (marqué « T »). Éteignez au préalable les appareils sensibles comme les ordinateurs. La manette doit basculer immédiatement : il suffit ensuite de la relever. Si elle ne bouge pas, l’appareil est défectueux et doit être remplacé.
Si un différentiel déclenche seul et se réarme mal, procédez par élimination : abaissez tous les disjoncteurs divisionnaires de sa rangée, réarmez le différentiel, puis remontez les disjoncteurs un par un. Celui qui provoque le déclenchement désigne le circuit en défaut ; débranchez ensuite les appareils de ce circuit pour trouver le coupable. Un déclenchement qui persiste une fois tous les appareils débranchés signale un défaut dans le câblage : faites intervenir un électricien.
Les erreurs à éviter
- Croire que le différentiel protège contre les surcharges : sans disjoncteurs divisionnaires, les câbles ne sont pas protégés.
- Brancher la plaque de cuisson ou le lave-linge sur un type AC : ces circuits doivent être protégés par un type A.
- Dépasser 8 circuits par différentiel ou sous-dimensionner le calibre.
- Ne jamais tester l’appareil : un mécanisme grippé peut rester sans effet le jour d’un défaut.
- Remplacer un différentiel qui déclenche par un modèle moins sensible : le déclenchement signale un défaut à rechercher, pas un appareil trop sensible.
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Questions fréquentes
Combien d’interrupteurs différentiels faut-il dans un logement ?
La norme NF C 15-100 impose au minimum deux interrupteurs différentiels 30 mA par logement, quelle que soit sa surface : un de type A et un de type AC. Le nombre réel dépend du nombre de circuits, puisque chaque différentiel protège 8 circuits au maximum.
Quelle est la différence entre un type A et un type AC ?
Le type AC détecte uniquement les fuites de courant alternatif, suffisantes pour l’éclairage ou les prises courantes. Le type A détecte aussi les fuites à composante continue produites par certains appareils électroniques ; il est obligatoire pour la plaque de cuisson, le lave-linge et la recharge de véhicule électrique.
Un interrupteur différentiel protège-t-il contre les courts-circuits ?
Non. Il détecte uniquement les fuites de courant vers la terre. La protection contre les surcharges et les courts-circuits est assurée par les disjoncteurs divisionnaires placés sous lui, ou par un disjoncteur différentiel qui combine les deux fonctions.
Pourquoi mon interrupteur différentiel saute-t-il ?
Le plus souvent, un appareil ou un circuit présente un défaut d’isolement : humidité, câble abîmé, appareil défectueux. Isolez le circuit en cause en remontant les disjoncteurs un par un, puis débranchez ses appareils. Si le défaut persiste, faites vérifier le câblage par un électricien.
À quelle fréquence tester un interrupteur différentiel ?
Le fabricant Legrand conseille un test mensuel avec le bouton « T ». La manette doit basculer immédiatement ; si ce n’est pas le cas, l’appareil est défectueux et doit être remplacé.
Faut-il un différentiel 30 mA sur tous les circuits ?
Oui, dans une installation neuve ou rénovée conforme à la NF C 15-100, tous les circuits du logement sont placés sous un dispositif différentiel 30 mA. Un logement ancien peut ne pas l’être, mais l’ajout de cette protection fait partie des mises en sécurité prioritaires.

