Des joints noircis, fissurés ou creusés donnent à un carrelage sain un air de fin de vie. Le carreau, lui, ne bouge pas : refaire les joints redonne à la pièce un aspect neuf pour le prix d’un sac de mortier. Ce qui rate l’opération, c’est de vouloir « recharger » par-dessus l’ancien joint au lieu de le retirer.
Voici comment savoir si les joints suffisent, quel mortier choisir et les six étapes de la réfection. Ce tuto fait partie de notre guide pour poser et rénover ses sols.
Le matériel nécessaire
- Un mortier de jointoiement de la bonne teinte et de la bonne largeur ;
- un grattoir à joint manuel ou un multi-outil oscillant à lame carbure ;
- une raclette caoutchouc et deux éponges à bords arrondis ;
- un seau de gâchage, un seau d’eau claire et un petit malaxeur ;
- un aspirateur de chantier et un pinceau plat pour les saignées ;
- une cartouche de mastic sanitaire et un pistolet ;
- des lunettes, un masque anti-poussière et des gants ;
- des genouillères et une lampe baladeuse.
Refaire les joints, ou refaire le sol ?
Commencez par taper chaque carreau au manche d’un tournevis. Un son mat signale un carreau bien collé, un son creux un carreau qui s’est désolidarisé. Si plus d’un carreau sur dix sonne creux, le problème n’est pas le joint : la colle a lâché, et refaire le jointoiement ne tiendra pas six mois. Mieux vaut déposer et poser du carrelage au sol à neuf.
Regardez ensuite l’allure des fissures. Un joint craquelé sur toute une ligne droite, le long d’un mur ou au passage d’une porte, trahit un mouvement du support : c’est un joint de dilatation manquant ou écrasé, à refaire en mastic souple et non en mortier. Un joint creusé, taché ou noirci relève de la réfection classique.
Choisir le bon mortier de joint
Le mortier ciment couvre la majorité des cas. Il existe en version joint fin, jusqu’à 4 ou 5 mm, et en version joint large chargée en sable, de 5 à 15 mm. Un joint fin utilisé sur un joint large se rétracte et fissure ; l’inverse ne pénètre pas.
En pièce humide, choisissez une formule hydrofuge et anti-moisissures. Autour d’une douche ou d’un plan de travail, le joint époxy devient intéressant : totalement imperméable et insensible aux taches, mais deux à trois fois plus cher et impitoyable si vous tardez à nettoyer, car il durcit sans retour en vingt minutes.
Côté teinte, un joint plus clair que le carreau agrandit visuellement le calepinage, un joint plus foncé souligne chaque carreau et salit moins vite au sol. Le gris moyen reste le compromis le plus durable dans une entrée ou une cuisine.
Étape 1 : creuser l’ancien joint
C’est la seule étape vraiment physique, et celle qui décide de la tenue. Creusez l’ancien mortier sur 3 à 5 mm de profondeur, soit au moins les deux tiers de sa largeur. Un mortier neuf appliqué sur 1 mm d’épaisseur n’a aucune cohésion et s’effrite au premier nettoyage.
Le grattoir manuel convient sur quelques mètres carrés. Au-delà, le multi-outil oscillant à lame carbure va cinq fois plus vite : vitesse moyenne, avance lente, sans forcer. Restez au centre du joint, car un éclat de bord de carreau se voit ensuite pour toujours. Lunettes et masque obligatoires, cette poussière est très fine.
Étape 2 : nettoyer et préparer les saignées
Aspirez chaque joint, puis repassez au pinceau plat pour déloger la poussière restée au fond. Une saignée poussiéreuse empêche le mortier d’adhérer aux flancs du carreau, et le joint se décolle en cordon quelques mois plus tard.
Traitez les moisissures avant de reboucher : un joint noirci en surface l’est souvent en profondeur. Passez un produit anti-moisissures, laissez agir, rincez, puis laissez sécher au moins 24 heures. Protégez les surfaces sensibles : bacs de douche, plans de travail, seuils en pierre poreuse.
Étape 3 : gâcher le mortier
Versez l’eau en premier, à la dose exacte de la notice, puis la poudre en pluie. Malaxez à vitesse lente jusqu’à une pâte souple qui tient sur la raclette sans couler, laissez reposer 5 minutes, puis remalaxez brièvement : ce repos permet aux adjuvants d’agir et donne un joint bien plus résistant.
Ne préparez que ce que vous poserez en 20 à 30 minutes, et ne rajoutez jamais d’eau à un mortier qui raidit : vous obtiendriez un joint poudreux qui se creuse au premier lavage. Gâchez toujours la même quantité d’eau et de poudre, sinon la teinte varie visiblement d’une zone à l’autre.
Étape 4 : appliquer le joint
Chargez la raclette caoutchouc et poussez le mortier en diagonale par rapport aux joints. Ce mouvement remplit la saignée au lieu de vider ce que vous venez de garnir. Passez deux fois dans des directions croisées pour chasser l’air, puis raclez l’excédent, toujours en diagonale, en tenant la raclette bien inclinée.
Travaillez par zones de 1 à 2 m² et vérifiez en lumière rasante qu’aucun joint ne reste creux ni bullé. Sur un carreau poreux ou en pierre naturelle, appliquez d’abord un bouche-pores : sans lui, le pigment tache la surface définitivement.
Étape 5 : lisser et retirer le voile
Attendez que le joint mate, généralement 15 à 30 minutes selon la température. Passez alors l’éponge humide bien essorée en cercles légers, sans creuser : elle nettoie la surface du carreau et lisse le joint en un léger creux régulier. Rincez l’éponge souvent, et changez l’eau dès qu’elle devient laiteuse, sinon vous étalez le ciment au lieu de l’enlever.
Le lendemain, un voile blanc mat recouvre le carrelage : c’est normal. Retirez-le au chiffon microfibre sec, ou avec un nettoyant spécifique si le film résiste. N’attaquez jamais un voile de ciment à l’acide sur un carreau émaillé de couleur ou sur une pierre naturelle.
Étape 6 : les joints souples et la protection
Tous les joints ne se font pas au mortier. Les angles rentrants, la jonction entre le sol et le mur, le pourtour d’un bac de douche ou d’une baignoire, et les joints de fractionnement se traitent au mastic sanitaire souple. Un mortier rigide à ces endroits craque systématiquement, parce que deux plans ne bougent jamais ensemble.
Appliquez le mastic en cordon régulier sur un support sec, lissez au doigt savonneux et retirez aussitôt les bandes de masquage. Attendez 24 heures avant une circulation normale et 5 à 7 jours avant un usage intensif, douche comprise. Un hydrofuge incolore appliqué alors protège durablement les joints ciment.
Les variantes selon les cas
Joints de sol contre joints de mur
Au mur, la contrainte est esthétique et le joint reste fin. Au sol, il encaisse le passage : préférez une formule renforcée et un joint légèrement plus large, qui absorbe mieux les micro-mouvements du support.
Douche et salle de bains
Mortier hydrofuge obligatoire, mastic sanitaire fongicide dans tous les angles, et ventilation soignée après travaux. Attendez le séchage complet avant la première douche, sinon le joint reste poreux et se recolonise très vite.
Grands formats et carreaux rectifiés
Un carreau rectifié se pose à joint de 2 mm seulement. À cette largeur, seul un mortier à joint fin, très fluide, pénètre correctement. Le retrait de l’ancien joint demande alors une lame très étroite et beaucoup de précaution.
Carrelage déposé : reprendre le support
Si le diagnostic vous conduit à tout déposer, ne recollez jamais sur les résidus de colle. Grattez, contrôlez à la règle de 2 m, et si l’écart dépasse 5 mm, il faudra faire un ragréage du sol avant toute nouvelle pose.
Les erreurs à éviter
- Recharger sans creuser : le mortier en pellicule s’écaille au premier lavage.
- Nettoyer trop tôt : l’éponge creuse le joint encore mou et emporte la matière.
- Nettoyer trop tard : le mortier durci ne part plus qu’au grattoir, en rayant le carreau.
- Varier le dosage en eau : la teinte change d’une gâchée à l’autre, et cela se voit.
- Mettre du mortier dans les angles : il craque en quelques semaines, c’est du mastic qu’il faut.
- Oublier le bouche-pores sur pierre naturelle : le pigment tache la surface définitivement.
Niveau, temps et budget
L’opération est accessible à un débutant patient : aucun geste difficile, mais un travail long et poussiéreux. Comptez une demi-journée pour 10 m² si le décaissement se fait à l’outil oscillant, une journée entière au grattoir manuel, puis 24 heures avant de remarcher normalement.
Le budget est modeste. Un sac de 5 kg de mortier ciment coûte 8 à 20 € et couvre 5 à 15 m² selon la largeur des joints. Un kit époxy monte à 30 à 60 €. Ajoutez 6 à 12 € la cartouche de mastic sanitaire, 15 à 40 € de lames carbure et 20 à 40 € d’hydrofuge. Pour 10 m², tablez sur 40 à 120 €.
Nos astuces de pro
- Faites un essai de teinte sur une chute ou un coin discret : un mortier sec est toujours plus clair qu’humide.
- Travaillez à la lampe rasante : les joints creux et les bulles apparaissent immédiatement.
- Gardez deux éponges, une pour le gros du nettoyage, une propre pour la finition.
- Humidifiez très légèrement les saignées par forte chaleur : le mortier ne séchera pas trop vite.
- Notez la dose d’eau exacte de la première gâchée : c’est votre référence pour toutes les suivantes.
Quand faire appel à un professionnel
Un joint qui se fissure toujours au même endroit après réfection signale un mouvement du support, pas un défaut de mise en œuvre : faites diagnostiquer la structure. Des joints qui noircissent en quelques semaines dans une salle de bains révèlent un défaut de ventilation ou une infiltration derrière la faïence, que le mortier ne réglera jamais. Enfin, sur un carrelage des années 1970 à 1990 que vous comptez déposer, faites vérifier l’absence d’amiante dans la colle avant tout grattage à sec.
Pour aller plus loin
Questions fréquentes
Faut-il enlever l’ancien joint avant d’en refaire un ?
Oui. Creusez l’ancien mortier sur 3 à 5 mm, soit les deux tiers de sa largeur. Un mortier neuf posé en pellicule sur l’ancien n’accroche pas et s’écaille en quelques mois.
Comment enlever un joint de carrelage sans casser les carreaux ?
Au grattoir à joint sur petite surface, au multi-outil oscillant avec lame carbure au-delà. Restez au centre du joint, avancez lentement et n’appuyez pas : c’est la vitesse de l’outil qui travaille, pas la force.
Quel joint de carrelage choisir pour une salle de bains ?
Un mortier ciment hydrofuge et anti-moisissures, ou un joint époxy autour de la douche. Les angles et le pourtour du bac se traitent obligatoirement au mastic sanitaire souple.
Combien de temps sèche un joint de carrelage ?
Il est nettoyable après 15 à 30 minutes, sec au toucher en quelques heures, mais attendez 24 heures avant une circulation normale et 5 à 7 jours avant une remise en service intensive.
Peut-on refaire des joints par-dessus les anciens ?
Seulement sur un joint sain et profond où il ne manque que la surface, et encore, la reprise reste fragile. Dans tous les autres cas, le décaissement est indispensable.
Pourquoi mes joints de carrelage noircissent-ils ?
Parce qu’ils sont poreux et exposés à l’humidité. Un mortier hydrofuge, un hydrofuge de surface et surtout une ventilation efficace de la pièce règlent le problème durablement.
Sources
- Fiches techniques des fabricants de mortiers de jointoiement (largeurs, dosages, séchage).
- DTU applicables aux revêtements céramiques collés en intérieur.
- Chantiers et retours d’expérience, lemondedubricolage.com.
Un sol souple se pose par-dessus sans dépose : découvrez comment poser du lino ou du PVC sur un ancien carrelage.
Conseils donnés à titre indicatif : respectez les dosages et délais de la fiche technique de votre mortier. Portez lunettes, gants et masque lors du décaissement des joints.

