Un carrelage réussi ne se remarque pas : joints réguliers, aucun carreau qui sonne creux, coupes placées là où le regard ne va pas. Ce qui coince est rarement la pose : c’est un sol de départ qui n’est pas plan, un calepinage improvisé qui laisse un demi-carreau devant la porte, ou une colle étalée trop en avance qui a croûté.
Voici le matériel, le diagnostic du support, les six étapes du chantier et les variantes selon le format et la pièce. Ce tuto fait partie de notre guide pour poser et rénover ses sols.
Le matériel nécessaire
- Les carreaux, avec 10 % de casse et de coupe en plus, tous du même lot ;
- du mortier-colle adapté au support (classe C2 pour les grands formats et les pièces humides) ;
- un peigne denté : 6 mm en petit format, 8 à 10 mm au-delà de 30 cm de côté ;
- une carrelette ou une meuleuse à disque diamant pour découper du carrelage sans éclats ;
- des croisillons de 2, 3 ou 5 mm, ou un nivellement à cales et clips ;
- un niveau à bulle de 120 cm, une règle de 2 m, un cordeau, une équerre et un mètre ;
- un malaxeur sur perceuse et deux seaux de gâchage ;
- un maillet caoutchouc, une éponge, une raclette et des genouillères.
Avant de commencer : support et quantités
Un carrelage ne rattrape rien. Posez votre règle de 2 m sur le sol, dans plusieurs directions, et glissez une cale sous les creux : la règle de l’art tolère 5 mm sous la règle de 2 m et 1 mm sous un réglet de 20 cm. Au-delà, la colle ne sert pas de rattrapage, il faut ragréer.
Le support doit être propre, sec et cohésif. Grattez les résidus de colle, aspirez, vérifiez qu’aucune zone ne farine. Sur une chape neuve, comptez une semaine de séchage par centimètre d’épaisseur : sur une chape humide, le carrelage se décolle ou fait remonter des efflorescences. Vérifiez les hauteurs, carreau et colle ajoutant 1 à 2 cm, puis déposez plinthes et seuil.
Côté quantités, ajoutez 10 % pour les coupes en pose droite, 15 % en diagonale, et achetez tout en une fois, même numéro de bain. Comptez 4 à 5 kg de colle par m² en simple encollage au peigne de 8 mm, 7 à 9 kg en double : un sac de 25 kg couvre 5 à 6 m², moitié moins en double.
Étape 1 : préparer et primairiser le sol
Balayez, aspirez, lavez si le sol est gras, rebouchez les trous au mortier de réparation. Si le contrôle à la règle a révélé plus de 5 mm de creux, ragréez d’abord : c’est ce passage qui décidera de la planéité finale.
Sur un support poreux (chape, ragréage, béton cellulaire), appliquez un primaire d’accrochage au rouleau. Il empêche le support de pomper l’eau de gâchage, ce qui ferait durcir la colle sans qu’elle fasse prise. Laissez sécher 2 à 4 heures.
Étape 2 : calepiner et choisir le point de départ
C’est l’étape que les débutants sautent, et celle qui distingue une pose propre d’une pose bancale. Trouvez le centre de la pièce en croisant les diagonales, tracez deux axes perpendiculaires au cordeau, puis posez à blanc une rangée dans chaque direction, croisillons compris.
Objectif : aucune coupe inférieure à un demi-carreau. Si une rangée se termine par une bande de 4 cm, décalez l’axe d’un demi-carreau pour répartir l’écart des deux côtés. Placez les coupes sous les meubles ou contre le mur le moins visible, jamais dans l’axe de la porte. Les murs étant rarement d’équerre dans l’ancien, alignez-vous sur le plus long et laissez le mur biscornu absorber la différence. Démarrez au croisement des axes, de façon à reculer vers la sortie.
Étape 3 : encoller et poser les carreaux
Gâchez la colle au malaxeur jusqu’à une pâte onctueuse qui tient sur la truelle, laissez reposer 5 minutes, remuez. N’en préparez que la quantité utilisable dans son temps d’emploi, 2 à 3 heures : une colle qui raidit se jette, la rebattre avec de l’eau lui ferait perdre toute résistance.
Étalez la colle sur 1 m² maximum, puis peignez-la en passes parallèles, peigne incliné à 45 degrés. Posez le carreau, puis faites-le glisser perpendiculairement aux sillons sur 1 cm : ce mouvement écrase les cordons et chasse l’air, ce qu’un simple appui ne fait pas.
Surveillez le temps ouvert : la colle doit rester collante au doigt. Si elle a formé une peau, retirez-la, sinon le carreau n’adhérera qu’en surface et sonnera creux. Battez chaque carreau au maillet, posez les croisillons, contrôlez le niveau à la règle tous les trois ou quatre carreaux, dans les deux sens.
Étape 4 : le double encollage des grands formats
Au-delà de 30 × 30 cm, le simple encollage ne garantit plus un contact complet sous la dalle. Le double encollage ajoute une fine couche de colle au dos du carreau, appliquée à la lisseuse en croisant le sens des sillons du sol.
Visez au moins 80 % de contact en local sec et 100 % en local humide ou extérieur. Contrôlez en soulevant un carreau témoin en début de pose : le dos doit être couvert sans zone sèche en angle. Un vide sous un grand format, c’est un carreau qui se fend au premier meuble lourd.
Étape 5 : les coupes de rive
Mesurez chaque coupe individuellement : dans une pièce ancienne, deux coupes voisines diffèrent souvent de plusieurs millimètres. Reportez la cote en déduisant le joint périphérique et le joint courant.
La carrelette suffit aux coupes droites en grès émaillé. Pour le grès cérame pleine masse, les coupes en L et les découpes de tuyaux, passez à la meuleuse à disque diamant, lunettes et masque anti-poussière obligatoires. Percez les passages de canalisation à la scie cloche diamantée, avec 5 mm de jeu autour du tube.
Étape 6 : joints de dilatation et jointoiement
Laissez un joint périphérique de 5 mm minimum contre tous les murs, poteaux et seuils : sans lui, la dilatation fait tuiler les rangées de rive. On le comble au mastic souple, et les plinthes le recouvrent. Au-delà de 40 m² d’un seul tenant, ou à chaque changement de pièce, ajoutez un joint de fractionnement.
Attendez 24 heures avant de jointoyer. Retirez les croisillons, grattez les excédents de colle, aspirez. Appliquez le mortier de joint à la raclette caoutchouc en diagonale, puis nettoyez à l’éponge humide bien essorée dès que le joint mate, souvent après 15 à 30 minutes. Le voile de ciment se retire le lendemain au chiffon sec.
Les variantes selon les cas
Pose sur un ancien carrelage
Possible si l’ancien tient bien : tapez chaque carreau, remplacez ceux qui sonnent creux, dégraissez, primaire pour support fermé. Vous gagnez la dépose, mais perdez 1,5 cm sous porte.
Pose sur plancher bois
Le bois travaille, le carrelage non. Désolidarisez par des plaques de renfort vissées ou une natte, avec une colle déformable S1, et vérifiez que la structure supporte 25 à 40 kg par m².
Pièce humide et salle de bains
Protection à l’eau sous carrelage dans les zones exposées, colle C2, mortier de joint hydrofuge et mastic sanitaire dans les angles. Pente de 1 à 2 % vers l’évacuation en douche à l’italienne.
Sur plancher chauffant
Le carrelage est le meilleur revêtement pour un plancher chauffant. Arrêtez le chauffage 48 heures avant la pose, colle déformable, remontée de température progressive après jointoiement. Si vous hésitez avec un sol plus chaud sous le pied, notre tuto pour poser un parquet flottant détaille l’autre option.
Les erreurs à éviter
- Poser sur un sol non contrôlé à la règle : chaque creux devient un carreau qui bascule.
- Improviser le calepinage : vous terminez avec une bande de 3 cm en plein passage.
- Encoller trop d’avance : la colle croûte et le carreau sonne creux six mois plus tard.
- Poser un grand format en simple encollage : le vide sous la dalle finit par la casser.
- Supprimer le joint périphérique : le carrelage se soulève en rive dès la première dilatation.
- Jointoyer le jour même : le carreau bouge encore et le joint se fissure.
Niveau, temps et budget
Chantier de niveau intermédiaire : les gestes s’apprennent vite, mais la rigueur du contrôle de niveau ne se rattrape pas. Comptez une journée pour 10 m² en pose droite, deux jours en pose diagonale, plus une demi-journée de jointoiement le lendemain.
Le carreau va de 10 à 25 € le m² en grès émaillé courant, de 25 à 60 € en grès cérame grand format. Ajoutez 8 à 20 € le sac de colle de 25 kg, 10 à 25 € le mortier de joint, 40 à 120 € de consommables. Pour 15 m² posés soi-même, prévoyez 400 à 900 €.
Nos astuces de pro
- Mélangez les paquets en piochant dans trois cartons : les variations de teinte se fondent au lieu de former des zones.
- Posez un carreau témoin que vous soulevez après cinq minutes pour vérifier le contact au dos.
- Utilisez un nivellement à clips au-delà de 45 cm de côté : il supprime les différences de hauteur entre carreaux voisins.
- Nettoyez les joints avant que la colle durcisse : sèche, elle se gratte à la pointe et on raye les bords.
- Gardez un carton de carreaux : un bain identique sera introuvable dans cinq ans.
Quand faire appel à un professionnel
Une chape à refaire entièrement, un plancher qui fléchit sous le pas, une douche à l’italienne avec étanchéité et pente à créer, ou une terrasse exposée au gel demandent une vraie expérience de chantier. Les grands formats de 120 cm et plus se manipulent à deux, aux ventouses, et ne pardonnent rien.
Appelez aussi un professionnel devant un dallage fissuré structurellement, une remontée d’humidité, ou une ancienne colle amiantée sous un carrelage des années 1970 à 1990 : cette dépose est réglementée et ne se ponce ni ne se gratte à sec.
Questions fréquentes
Quel support faut-il pour poser du carrelage au sol ?
Un support plan, propre, sec et cohésif, avec un écart maximal de 5 mm sous la règle de 2 m. Chape, dalle béton, ragréage ou ancien carrelage sain conviennent, avec le primaire adapté.
Faut-il faire un ragréage avant de carreler ?
Uniquement si le contrôle à la règle dépasse 5 mm, ou si le sol présente creux et ressauts. Sur un support déjà plan, un ragréage n’apporte rien et ajoute du séchage.
Par où commencer une pose de carrelage ?
Par le centre de la pièce, après avoir tracé deux axes perpendiculaires et posé une rangée à blanc. On avance ensuite en reculant vers la sortie.
Quelle largeur de joint pour un carrelage au sol ?
De 2 à 3 mm en grès cérame rectifié, 3 à 5 mm pour un carreau standard, davantage sur de la terre cuite. En dessous de 2 mm, le mortier ne pénètre plus.
Combien de temps avant de marcher sur un carrelage neuf ?
Comptez 24 heures avant une circulation légère et 48 à 72 heures avant un usage normal. Les meubles lourds attendent une semaine.
Peut-on carreler sur un ancien carrelage ?
Oui si l’ancien est bien collé et qu’aucun carreau ne sonne creux. Dégraissez, primaire pour support non poreux, puis colle C2. Vérifiez la hauteur sous les portes.
Sources
- Fiches techniques des fabricants de mortiers-colles (classement, temps ouvert, consommation).
- DTU applicables aux revêtements de sol collés en intérieur.
- Chantiers et retours d’expérience, lemondedubricolage.com.
Le lendemain, tout se joue sur la finition : suivez notre méthode pour réussir les joints de carrelage et donner à votre sol son aspect définitif.
Conseils donnés à titre indicatif : reportez-vous aux notices de vos mortiers-colles et aux règles de l’art en vigueur. Portez lunettes, gants et masque lors des découpes.

