Le PER a remplacé le cuivre dans la plupart des installations récentes : souple, léger, insensible au calcaire et assemblable sans flamme. Mais « sans flamme » ne veut pas dire « sans méthode ». Une coupe de travers, un tube non calibré ou une bague oubliée, et le raccord tiendra quelques semaines avant de suinter derrière une plaque de plâtre.
Ce tuto fait partie de notre guide plomberie de la maison. Voici comment identifier votre tube, choisir entre les trois familles de raccords, et les règles à respecter avant d’encastrer quoi que ce soit.
Le matériel nécessaire
- Un coupe-tube PER : le seul outil qui donne une coupe nette et d’équerre ;
- un calibreur-chanfreineur au diamètre du tube, souvent vendu avec les raccords ;
- selon la technique : une pince à glissement avec son expandeur, une pince à sertir avec les mâchoires au bon profil, ou deux clés plates pour la compression ;
- les raccords, avec leurs bagues, inserts et joints d’origine — jamais de pièces mélangées entre marques ;
- un mètre, un feutre indélébile, un cutter ;
- des colliers de fixation au diamètre du tube et leurs chevilles ;
- un seau, des chiffons, un décapeur thermique par temps froid ;
- des gants et des lunettes.
Avant de commencer : identifier le tube et choisir la technique
Le PER se désigne par son diamètre extérieur et son épaisseur : 12, 16, 20 et 25 mm en habitat, le 16 pour les alimentations d’appareils, le 20 ou le 25 pour les nourrices. Lisez le marquage imprimé sur le tube. Repérez aussi s’il s’agit de PER simple ou de PER-BAO (barrière anti-oxygène), exigé sur les circuits de chauffage pour protéger les corps de chauffe et la chaudière.
Vient le choix de la technique, qui dépend de l’emplacement du raccord et de l’outillage dont vous disposez.
| Technique | Outillage | Démontable | Encastrable | Usage type |
|---|---|---|---|---|
| À glissement | Pince à glissement + expandeur | Non | Oui | Réseaux neufs, passages encastrés |
| À sertir | Pince à sertir + mâchoires au bon profil | Non | Oui | Chauffage, gros diamètres |
| À compression (bicône) | Deux clés plates | Oui | Non | Réparation, sortie d’appareil |
La logique est simple : plus un raccord est démontable, plus il doit rester accessible. Un écrou qu’on peut desserrer se desserre aussi tout seul sous les variations de température.
Étape 1 : couper l’eau et vider le tronçon
Fermez la vanne d’arrêt de la partie concernée — en nourrice, il suffit de fermer la boucle — ou à défaut la vanne générale. Ouvrez le point de puisage le plus bas pour purger le circuit par gravité, et le plus haut pour laisser entrer l’air. Un tube PER conserve toujours un fond d’eau : seau et chiffons sous la zone de travail.
Sur un circuit de chauffage, la coupure est double : arrêtez la chaudière, laissez refroidir, puis fermez les vannes d’isolement avant de vidanger. Ne desserrez jamais un raccord sur un réseau encore sous pression ou encore chaud.
Étape 2 : couper le tube d’équerre
Repérez la coupe au feutre, puis coupez au coupe-tube PER, jamais à la scie ni au cutter : la scie laisse des copeaux et un bord en biseau, le cutter écrase la matière. La coupe doit être franchement perpendiculaire à l’axe du tube ; deux ou trois degrés de travers suffisent à décaler le joint et à créer un chemin de fuite.
Gardez de la longueur de manœuvre : sur un tube tendu entre deux points fixes, il faut engager le raccord à fond sans tirer sur la canalisation. Trop court, ajoutez un manchon plutôt que de forcer.
Étape 3 : calibrer et chanfreiner
C’est l’étape que tout le monde saute, et c’est elle qui fait la différence. Le PER coupé reprend une forme légèrement ovale et son bord intérieur reste vif. Enfoncez le calibreur-chanfreineur, un ou deux tours : il rend au tube sa section ronde et casse l’arête intérieure.
Sans chanfrein, cette arête racle le joint torique à l’emmanchement et le blesse : le raccord paraît étanche à l’essai, puis suinte quelques semaines plus tard. Sur un tube gainé, retirez la gaine sur une dizaine de centimètres au cutter, sans entailler le tube.
Étape 4 : réaliser un raccord à glissement
Enfilez d’abord la bague en laiton sur le tube, dans le bon sens : l’oublier impose de tout recouper. Évasez ensuite l’extrémité avec l’expandeur, en deux ou trois passes, le tube tourné d’un quart de tour entre chaque, pour une tulipe régulière.
Emmanchez le corps du raccord à fond sans attendre : le PER a une mémoire de forme et se rétracte en quelques dizaines de secondes. Placez la pince à glissement et poussez la bague en butée contre le collet. Le raccord est définitif : la bague comprime le PER sur les cannelures du corps, l’étanchéité vient de la matière elle-même.
Étape 5 : réaliser un raccord à sertir
Glissez la bague inox à sertir sur le tube, puis enfoncez le corps du raccord jusqu’à la butée. Vérifiez par les fenêtres de contrôle de la bague que le tube est engagé sur toute la longueur : c’est le seul témoin visuel avant sertissage.
Positionnez la mâchoire perpendiculairement au tube, centrée sur la bague, et sertissez jusqu’à fermeture totale de l’outil. Une chose compte : le profil de mâchoire doit correspondre au raccord. Chaque fabricant a le sien, et une mâchoire d’une autre marque ne comprime pas la bague au bon endroit. Un sertissage réussi laisse une empreinte régulière sur tout le pourtour ; il ne se reprend pas. En cas de doute, coupez et recommencez.
Étape 6 : réaliser un raccord à compression
C’est la technique du dépannage, sans outillage spécifique. Enfilez l’écrou puis la bague bicône, dans cet ordre et dans le bon sens. Introduisez ensuite l’insert, ce petit tube laiton qui rigidifie l’intérieur du PER, jusqu’à ce que son épaulement touche le bord. Sans insert, la bague écrase le tube et le raccord fuit.
Engagez le tube à fond, remontez l’écrou à la main, puis serrez à la clé en maintenant le corps avec une seconde clé. Contrôlez à la remise en eau, reprenez d’un huitième de tour si besoin. Ce raccord reste démontable : c’est son intérêt en réparation, et la raison pour laquelle il ne doit jamais disparaître dans une paroi.
Étape 7 : remettre en eau et contrôler
Fixez le tube avec un collier de part et d’autre du raccord, pour qu’aucune contrainte ne s’exerce sur l’assemblage. Rouvrez la vanne lentement, un quart de tour à la fois, robinet ouvert en aval pour chasser l’air sans coup de bélier.
Essuyez le raccord, laissez le réseau sous pression et recontrôlez une heure après, puis le lendemain : une microfuite de PER se manifeste par une simple perle d’eau. Sur un circuit de chauffage, il reste à remettre l’installation à sa pression de service et à purger les radiateurs un par un avant de rallumer la chaudière.
Les variantes selon les cas
Passer du cuivre au PER
Un raccord mixte à compression, olive côté cuivre et bague bicône côté PER, règle le cas en cinq minutes, mais reste démontable donc à laisser visible. Pour un passage définitif, préférez un raccord à sertir.
Alimenter un appareil
Terminez toujours une antenne par un raccord fileté fixé sur une applique murale, jamais par un tube libre. C’est ce qui permet de brancher un flexible propre, par exemple pour installer un WC, sans solliciter la canalisation à chaque intervention.
Encastrer un réseau PER
Un tube encastré doit être gainé sur toute sa longueur : la gaine le protège, absorbe la dilatation et permet de le retirer. Faites courir chaque antenne d’une seule longueur, de la nourrice à l’appareil, sans raccord dans la partie noyée. Un raccord encastré est un raccord qu’on ne pourra ni contrôler ni reprendre.
Les erreurs à éviter
- Oublier la bague ou l’écrou avant l’assemblage : le montage est irréversible, il faut recouper.
- Sauter le calibrage-chanfreinage : l’arête vive blesse le joint, la fuite apparaît des semaines plus tard.
- Monter un raccord à compression sans insert : la bague écrase le PER et l’étanchéité ne tient pas.
- Sertir avec une mâchoire d’un autre profil : l’empreinte est décalée, la bague ne comprime pas où il faut.
- Noyer un raccord démontable dans une chape ou une cloison : la fuite restera invisible jusqu’au plafond du dessous.
Niveau, temps et budget
Un raccord PER est accessible à un débutant motivé en compression, intermédiaire en glissement ou en sertissage. Comptez 15 à 30 minutes par raccord une fois le circuit vidé, une bonne heure pour une réparation complète avec vidange et remise en eau.
Un raccord à compression coûte quelques euros, un raccord à glissement ou à sertir un peu plus. L’écart se joue sur l’outillage : deux clés plates en compression, contre 60 à 200 euros pour une pince à glissement et nettement plus pour une pince à sertir avec ses mâchoires. La location à la journée est souvent le bon calcul. Coupe-tube et calibreur, eux, s’achètent : une vingtaine d’euros.
Nos astuces de pro
- Alignez bague, insert et écrou sur l’établi avant de toucher au tube : vous ne monterez plus rien dans le désordre.
- Réchauffez le tube au décapeur thermique sous 10 °C : le PER froid est raide et l’évasement se referme trop vite.
- Marquez la profondeur d’emmanchement au feutre : vous verrez d’un coup d’œil si le raccord est engagé à fond.
- Posez un collier à moins de 20 cm de chaque raccord, et tous les 50 cm sur les parties droites.
Quand faire appel à un professionnel
Le PER se travaille sans flamme, mais certaines situations restent du ressort du plombier ou du chauffagiste. Toute reprise sur le circuit primaire d’une chaudière, sur un groupe de sécurité, un vase d’expansion ou un réducteur de pression en fait partie : ces organes conditionnent la sécurité de l’installation et se règlent avec des appareils de mesure. Un réseau entièrement à refaire aussi. Faites-vous aider également sur une colonne montante commune, si la vanne générale ne coupe plus, ou face à une fuite en zone encastrée.
Pour aller plus loin
Questions fréquentes
Quel raccord PER choisir : glissement, sertissage ou compression ?
Le glissement et le sertissage donnent des assemblages définitifs et encastrables : ce sont les techniques du neuf. La compression, démontable et sans outillage spécifique, convient au dépannage et aux sorties d’appareils, à condition de rester accessible.
Peut-on encastrer un raccord PER ?
Seuls les raccords non démontables, à glissement ou à sertir, peuvent être noyés, et mieux vaut les éviter. Un raccord à compression ou instantané doit rester visitable. La bonne pratique : tirer chaque antenne d’une seule longueur, sans raccord dans la partie encastrée.
Faut-il obligatoirement calibrer le tube PER ?
Oui, quelle que soit la technique. Le calibreur redonne au tube sa section ronde et casse l’arête intérieure qui, sinon, entaille le joint à l’emmanchement. Cinq secondes de geste qui évitent la majorité des microfuites.
Peut-on réutiliser un raccord PER démonté ?
Un raccord à compression se remonte, à condition de remplacer la bague bicône et l’insert, déformés au premier serrage. Les raccords à glissement et à sertir sont à usage unique.
Comment savoir quel diamètre de PER j’ai ?
Le marquage imprimé sur le tube donne le diamètre extérieur et l’épaisseur, par exemple 16 x 1,5. À défaut, mesurez au pied à coulisse : les tailles courantes sont 12, 16, 20 et 25 mm.
Sources
- Notices de montage des fabricants de raccords PER.
- Fiches techniques des tubes PER et PER-BAO.
- Règles de l’art applicables aux réseaux d’eau et de chauffage : reportez-vous aux DTU et normes en vigueur.
- Retours de chantier, lemondedubricolage.com.
Investissez dans un coupe-tube et un calibreur avant tout le reste : ce sont eux qui décident de l’étanchéité.
Conseils donnés à titre indicatif. Coupez toujours l’eau et vidangez le tronçon avant d’intervenir, et respectez les notices des fabricants ainsi que les règles de l’art en vigueur, notamment sur l’accessibilité des raccords démontables.

