Une gouttière bouchée ne prévient pas. Au premier orage, l’eau déborde par-dessus le bord et sature le pied de mur. En hiver, la boue gorgée d’eau gèle, prend du volume et déforme le profilé ou arrache un crochet. Un chéneau plein pèse lourd : trente litres d’humus par mètre tirent sur des fixations conçues pour de l’eau qui passe.
Ce tuto fait partie de notre dossier sur l’entretien et les réparations de la maison. Nous commençons par la partie qui compte le plus, le travail en hauteur, avant de passer au nettoyage, au débouchage des descentes, au contrôle de la pente et à la réparation d’un raccord qui fuit.
Le matériel nécessaire
- Une échelle en bon état, simple ou coulissante, patins antidérapants intacts ;
- un stabilisateur (écarteur) prenant appui sur la façade, pas dans la gouttière ;
- des gants épais, des lunettes et des chaussures à semelle adhérente ;
- une petite pelle à gouttière en plastique, qui ne raye pas le fond ;
- un seau à anse et un mousqueton pour l’accrocher à un barreau ;
- un tuyau d’arrosage avec lance réglable et un furet souple pour les descentes ;
- des crapaudines et, selon le cas, une grille anti-feuilles ;
- une brosse, un dégraissant et un mastic polymère extérieur.
Avant de commencer : le travail en hauteur, le vrai risque
La chute de hauteur reste la première cause d’accident grave chez les particuliers, et une gouttière se situe rarement à moins de trois mètres. Tout se joue avant de monter.
Posez l’échelle sur un sol dur, plan et dégagé. Sur une terre meuble, glissez une planche large sous les montants. Écartez le pied d’environ un quart de la hauteur d’appui, soit à peu près 75° : trop droite, l’échelle bascule en arrière ; trop couchée, elle glisse. Elle doit dépasser d’un mètre le point d’appui haut, et cet appui se fait sur la façade ou sur un stabilisateur, jamais sur le profilé, qui se déforme sous la charge.
Ne travaillez jamais seul. Une personne au sol maintient le pied, passe le matériel et donne l’alerte. Gardez trois points d’appui, ne montez pas sur les trois derniers barreaux et gardez le nombril entre les montants : dès que vous vous penchez sur le côté, l’échelle part. On redescend pour la déplacer, on ne « marche » pas dessus.
Renoncez par temps humide, gelé ou venteux. Un barreau mouillé ou une rafale suffisent. Ne montez pas sur le toit : une tuile se casse, une plaque en fibre-ciment cède sans prévenir, une pente couverte de mousse devient une patinoire. Tout se fait depuis l’échelle. Enfin, attachez vos outils ou rangez-les dans le seau accroché : un objet lâché de six mètres blesse gravement.
Étape 1 : installer le poste de travail
Balisez la zone au sol pour que personne ne passe dessous. Repérez les câbles aériens et l’arrivée électrique en façade : on ne place jamais une échelle métallique à moins de trois mètres d’une ligne. Accrochez le seau au barreau supérieur et gardez les deux mains libres pour monter. Commencez par le point le plus éloigné de la descente et progressez vers elle : vous poussez les débris devant vous au lieu de les tasser dans le tuyau.
Étape 2 : retirer les feuilles et la boue à la main
Le gros du travail se fait au gant, pas au jet. Ramassez feuilles, brindilles et humus dans le seau plutôt que par-dessus bord : la boue projetée tache la façade et bouche les regards au pied du mur. Terminez chaque tronçon à la petite pelle, en raclant sans forcer.
Progressez par sections d’un mètre cinquante, soit ce que vous atteignez sans vous pencher. Sur du zinc, évitez les outils métalliques : une rayure profonde crée un point de corrosion qui percera dans quelques années.
Étape 3 : rincer et vérifier l’écoulement
Le solide évacué, rincez au tuyau depuis l’extrémité haute. L’eau doit filer d’un trait vers la descente, sans stagner ni déborder aux raccords. Une flaque qui reste signale un défaut de pente ou un crochet descendu. Profitez-en pour repérer les indices : mousse verte, dépôt noir gras, points de rouille, coulure blanche sous un joint.
Étape 4 : déboucher la descente
Si l’eau remonte dans la naissance, la descente est prise. Retirez la crapaudine, faites couler à faible débit et poussez un furet souple par le haut, en tournant plutôt qu’en forçant. Un bouchon d’humus tassé cède en général sur quelques allers-retours.
Si rien ne bouge, ouvrez le regard ou le dauphin en bas de descente et travaillez par en dessous : le bouchon se trouve presque toujours dans un coude. Évitez la haute pression dans un tuyau PVC emboîté. Rincez jusqu’à retrouver un débit franc.
Étape 5 : contrôler la pente, les crochets et les joints
Une gouttière doit descendre vers l’évacuation, de l’ordre de 3 à 5 mm par mètre. Versez un demi-seau d’eau au point haut et regardez où elle s’arrête. Un affaissement local vient presque toujours d’un crochet plié ou dont la vis a lâché dans un chevron pourri. Un crochet se redresse ou se remplace ; s’il y en a plusieurs, la reprise devient un chantier de couvreur. Contrôlez aussi les colliers de descente : sur une façade plein sud, le PVC se dilate de plusieurs millimètres par mètre entre l’hiver et l’été, et les joints de dilatation doivent rester libres de bouger.
Étape 6 : poser crapaudines et protections
La crapaudine est la pièce la plus rentable de l’installation : ce panier grillagé posé à l’entrée de chaque descente retient les feuilles avant le tuyau. Choisissez-la au bon diamètre, en inox ou en plastique rigide, et nettoyez-la à chaque passage.
Sous des arbres, ajoutez une grille anti-feuilles clipsée ou un profilé brosse. Ces protections espacent les nettoyages sans les supprimer : un grillage trop fin se colmate de pollen et fait déborder l’eau par-dessus. Préférez une maille large et un contrôle annuel.
Les variantes selon les cas
Un joint ou un raccord qui fuit
Une goutte régulière sous une jonction se répare par temps sec, gouttière vide. Grattez l’ancien mastic à la spatule, brossez, dégraissez à l’alcool. Appliquez un cordon continu de mastic polymère extérieur à l’intérieur du raccord, lissez au doigt mouillé, attendez 24 heures. Sur un percement ponctuel de zinc, une bande d’étanchéité dépanne deux ou trois saisons ; une soudure à l’étain relève du couvreur-zingueur.
Zinc, PVC ou aluminium
Le zinc supporte mal les produits acides et les outils durs. Le PVC devient cassant après quinze ans d’UV : un choc de spatule en hiver fend le bord. L’aluminium laqué se raye vite.
À quelle fréquence nettoyer ses gouttières
Deux passages par an suffisent dans la plupart des cas : un en fin d’automne, une fois les feuilles tombées, et un au printemps, après les pollens. Sous des feuillus, des résineux ou un tilleul, passez à trois ou quatre contrôles, dont un avant les grosses pluies. Le plus simple est de rattacher ce rendez-vous aux autres : notre calendrier d’entretien saisonnier de la maison place les gouttières au bon moment de l’année.
Les erreurs à éviter
- Appuyer l’échelle sur la gouttière : le profilé se voile, les crochets s’ouvrent, l’appui lâche.
- Monter seul, en vitesse, sur un sol meuble : la configuration exacte des accidents graves.
- Attaquer directement au jet : la boue file dans la descente et y forme un bouchon compact.
- Envoyer la haute pression dans le tuyau : jonctions déboîtées et joints arrachés.
- Marcher sur le toit pour gagner du temps : tuiles cassées, plaques traîtresses, chute directe.
- Oublier la descente : une gouttière propre qui n’évacue pas déborde quand même.
Niveau, temps et budget
L’opération est accessible à un débutant sur une maison de plain-pied, à condition d’être deux. Comptez 1 h 30 à 2 h pour une trentaine de mètres, protections comprises, et une demi-journée s’il faut déboucher une descente et reprendre des joints.
Une crapaudine coûte 3 à 8 €, un furet souple 15 à 30 €, une cartouche de mastic 8 à 15 €, un mètre de grille anti-feuilles 3 à 10 €. La dépense principale reste l’échelle : 100 à 250 € pour une coulissante correcte, 30 à 60 € pour un stabilisateur. Confié à une entreprise, le nettoyage se facture souvent 100 à 300 €.
Nos astuces de pro
- Faites-vous passer le matériel : monter avec un seau à la main coûte un point d’appui.
- Testez toujours à l’eau : c’est le seul moyen de valider la pente et l’écoulement réel.
- Regardez la façade après une grosse pluie : une coulée verte sous un raccord vous montre la fuite sans monter.
- Taillez les branches qui surplombent le toit : moins de feuilles, moins de mousse.
Quand faire appel à un professionnel
Trois cas sortent du bricolage. La hauteur : au-delà d’un rez-de-chaussée plus un étage, l’échelle n’est plus l’outil adapté, il faut un échafaudage ou une nacelle. La configuration : toiture très pentue, chéneau encaissé dans la maçonnerie, gouttière au-dessus d’une véranda ou d’un terrain en dévers. L’état de l’ouvrage : plusieurs crochets descendus, profilé percé, zinc à ressouder, pente à reprendre. Un couvreur travaille avec harnais et points d’ancrage, et un contrat annuel coûte souvent moins qu’une réparation de façade. En copropriété, les gouttières sont des parties communes : signalez, n’intervenez pas.
Pour aller plus loin
Questions fréquentes
À quelle fréquence faut-il nettoyer une gouttière ?
Deux fois par an dans un environnement dégagé : fin d’automne et printemps. Avec des arbres proches, comptez trois ou quatre contrôles annuels.
Peut-on nettoyer une gouttière au nettoyeur haute pression ?
Sur le chéneau oui, à faible pression et après avoir retiré les débris à la main. Dans la descente, non : la pression déboîte les jonctions PVC.
Comment déboucher une descente de gouttière ?
Retirez la crapaudine, puis engagez un furet souple par le haut en le faisant tourner. Si le bouchon résiste, ouvrez le regard en bas de descente et travaillez par en dessous, puis rincez.
Une grille anti-feuilles évite-t-elle le nettoyage ?
Non, elle l’espace. Les grilles retiennent les grosses feuilles mais se chargent de pollen et de mousse : sans contrôle annuel, l’eau passe par-dessus le bord.
Peut-on monter sur le toit pour nettoyer la gouttière ?
Non. Une couverture n’est pas faite pour être piétinée : les tuiles cassent, les plaques cèdent, la mousse rend la pente glissante. Le nettoyage se fait depuis une échelle stabilisée.
Que faire si la gouttière fuit à un raccord ?
Par temps sec, séchez la zone, grattez l’ancien mastic, dégraissez, puis posez un cordon de mastic polymère extérieur à l’intérieur du raccord. Comptez 24 heures de séchage.
Sources
- Notices des fabricants d’échelles et d’équipements de travail en hauteur.
- Documents de mise en œuvre applicables aux évacuations d’eaux pluviales.
- Fiches techniques des fabricants de profilés zinc, PVC et aluminium.
- Retours d’expérience de chantiers, lemondedubricolage.com.
Si des taches sombres sont apparues au pied d’un mur, voyez comment traiter les moisissures d’un mur une fois la cause supprimée.
Conseils donnés à titre indicatif : le travail en hauteur présente un risque de chute grave. Respectez la notice de votre échelle, ne travaillez jamais seul et renoncez si l’installation n’est pas parfaitement stable.

