Une prise manquante derrière un canapé, une multiprise qui traîne depuis trois ans dans le couloir : ajouter un point d’alimentation est l’un des besoins les plus courants d’un logement. C’est aussi une intervention où l’on se trompe facilement, non pas sur le principe — trois fils, trois bornes — mais sur tout ce qui l’entoure : la section du câble, le nombre de prises admissibles sur un circuit, la qualité du serrage.
Ce tuto détaille l’installation d’une prise 16 A avec terre, en encastré comme en saillie, dans le cas le plus fréquent : la dérivation depuis une prise existante. Il fait partie de notre guide électricité de la maison, qui replace chaque intervention dans son contexte d’installation.
Le matériel nécessaire
- Un mécanisme de prise 2P+T 16 A avec sa plaque de finition ;
- une boîte d’encastrement (40 mm de profondeur, 50 mm pour du câblage confortable) ou un boîtier saillie ;
- du câble rigide en 2,5 mm² — trois conducteurs : phase, neutre, terre ;
- un vérificateur d’absence de tension (VAT) bipolaire, seul instrument fiable pour valider une coupure ;
- un tournevis isolé 1000 V, une pince à dénuder, une pince coupante ;
- une scie cloche de 68 mm et une perceuse, ou une rainureuse pour la saignée ;
- des bornes de connexion à levier pour les dérivations ;
- du plâtre de scellement rapide, une spatule, un cadenas de consignation.
Avant d’acheter, vérifiez la gamme d’appareillage déjà présente chez vous : les mécanismes et les plaques ne sont pas interchangeables entre fabricants, et une prise dépareillée au milieu d’un mur se voit immédiatement.
Avant de commencer : ce qu’il faut vérifier
Coupez d’abord le circuit concerné au tableau, puis coupez le disjoncteur général si vous avez le moindre doute sur le repérage. Ouvrez ensuite la prise sur laquelle vous allez dériver et testez chaque conducteur au VAT : phase-neutre, phase-terre, neutre-terre. Une coupure supposée n’est pas une coupure vérifiée. Signalez le tableau par un cadenas ou un adhésif portant votre nom pour éviter tout réarmement pendant que vous travaillez : c’est le principe de la consignation, détaillé dans notre article sur la sécurité électrique pendant les travaux.
Vérifiez ensuite trois points techniques. La section du câble existant : une prise 16 A se raccorde en 2,5 mm², et si vous trouvez du 1,5 mm², vous êtes sur un circuit d’éclairage — n’y branchez pas de prise. La présence d’un conducteur de terre vert-jaune : sans terre, on ne dérive pas. Le nombre de prises déjà installées : au-delà d’une dizaine de socles sur un même disjoncteur 20 A, il faut créer un nouveau circuit au tableau, ce qui n’est plus du bricolage courant.
Étape 1 : choisir l’emplacement et percer
Positionnez la prise à une hauteur cohérente avec l’usage : environ 25 cm du sol fini pour une prise courante, 110 à 130 cm pour une prise de plan de travail. Éloignez-vous des points d’eau et respectez les volumes de sécurité dans une salle de bains. Passez un détecteur de câbles sur la zone avant de percer : une canalisation ou une gaine existante derrière le placo transforme une scie cloche en très mauvaise surprise.
Sur du placo, tracez le cercle et découpez à la scie cloche de 68 mm sans forcer — la plaque part en morceaux si vous appuyez. Sur du béton ou de la brique, percez en percussion avec une scie cloche carbure, puis nettoyez le fond du trou. La boîte doit rentrer sans être enfoncée au marteau.
Étape 2 : passer le câble
En rénovation, deux solutions. Soit vous passez le câble dans une gaine ICTA existante à l’aide d’une aiguille de tirage. Soit vous réalisez une saignée à la rainureuse, profonde de 3 à 4 cm, dans laquelle vous logerez une gaine neuve. La saignée doit rester verticale ou horizontale, jamais en diagonale : c’est ce qui permet de deviner plus tard où passent vos câbles.
Tirez toujours un peu plus de longueur que nécessaire — 20 cm dépassant de chaque boîte. On peut raccourcir un conducteur, on ne peut pas le rallonger dans une boîte d’encastrement.
Étape 3 : sceller la boîte d’encastrement
Faites entrer le câble dans la boîte par un opercule que vous perforez proprement, puis présentez la boîte dans son logement. Sur placo, les griffes se resserrent à la vis et plaquent la boîte contre la plaque ; ne serrez pas trop fort, le carton cède. Sur maçonnerie, gâchez un peu de plâtre rapide, garnissez le fond du trou et enfoncez la boîte en la maintenant affleurante et de niveau. Un boîtier en biais donne une prise en biais, définitivement. Laissez prendre une vingtaine de minutes et retirez l’excédent à la spatule tant qu’il est frais.
Étape 4 : dénuder et raccorder le mécanisme
Dénudez chaque conducteur sur environ 12 mm, pas davantage : du cuivre nu qui dépasse de la borne est un défaut d’isolement en puissance. Raccordez ensuite selon un code de couleurs sans ambiguïté : le bleu au neutre, le vert-jaune à la terre (borne centrale, repérée par le symbole de terre), et le conducteur restant — rouge, marron ou noir selon l’installation — à la phase.
Sur un mécanisme à bornes automatiques, enfoncez le fil jusqu’en butée puis tirez dessus : il ne doit pas venir. Sur des bornes à vis, serrez fermement et re-serrez après un quart de tour de contrôle. Un contact desserré chauffe, noircit la borne et finit par carboniser le mécanisme : c’est la première cause d’incident sur une prise posée par un particulier.
Étape 5 : fixer, refermer et remettre sous tension
Repliez les conducteurs en accordéon derrière le mécanisme pour ne pas les pincer, engagez la prise dans la boîte et serrez les vis de fixation plutôt que les griffes quand la boîte le permet : la tenue est bien meilleure dans le temps. Vérifiez l’aplomb à la petite bulle, clipsez la plaque de finition.
Remettez le circuit sous tension et testez avec un contrôleur de prise : il indique en trois voyants si la terre est présente et si la phase et le neutre sont inversés. Branchez ensuite un appareil de faible puissance avant de solliciter la prise avec un radiateur.
Les variantes selon les cas
Prise en saillie sur un mur fini
Aucune saignée, aucun plâtre : le boîtier se visse au mur, le câble arrive par une goulotte fixée tous les 40 cm environ. C’est la solution rapide pour un garage, un atelier ou une cave. Vérifiez l’indice de protection du boîtier si le local est humide.
Prise sur circuit spécialisé
Une prise de lave-linge, de four ou de plaque de cuisson relève d’un circuit spécialisé tiré directement depuis le tableau, avec sa propre protection. Ce n’est pas une dérivation : cela suppose une intervention au tableau, donc un électricien.
Doubler une prise existante
Remplacer un socle simple par un double est la variante la plus simple : même boîte si elle est assez profonde, mêmes conducteurs repris sur des bornes de dérivation. Attention : doubler les socles ne double pas la puissance disponible sur le circuit.
Les erreurs à éviter
- Travailler sans VAT : un disjoncteur mal repéré et vous intervenez sur un circuit vivant.
- Utiliser du 1,5 mm² pour une prise : le câble chauffe sous charge et la protection ne le voit pas passer.
- Négliger le conducteur de terre : sans terre, le différentiel ne joue plus son rôle sur un appareil à carcasse métallique.
- Dénuder trop long : le cuivre apparent peut toucher un autre conducteur quand on repousse le mécanisme.
- Surcharger un circuit déjà bien rempli : déclenchements à répétition, ou pire, déclenchement trop tardif.
- Sceller la boîte de travers : le défaut est irrattrapable une fois le plâtre pris.
- Rallonger un conducteur par un domino noyé dans le mur : toute connexion doit rester accessible dans une boîte.
Niveau, temps et budget
Niveau intermédiaire. Le raccordement lui-même est simple, mais la lecture de l’installation existante et la maçonnerie demandent un peu de métier. Comptez 45 minutes à 1 heure pour une prise dérivée dans une cloison déjà percée, et 2 à 3 heures avec saignée, scellement et rebouchage.
Côté budget, un mécanisme de prise avec plaque se situe entre 4 et 15 € selon la gamme, une boîte d’encastrement autour de 1 à 3 €, et le câble 2,5 mm² entre 1 et 2 € le mètre par conducteur. Prévoyez 25 à 50 € de fournitures, plus l’outillage si vous partez de zéro.
Nos astuces de pro
- Photographiez le câblage existant avant de débrancher : vous aurez la réponse si un doute apparaît une heure plus tard.
- Préférez les boîtes de 50 mm quand l’épaisseur du mur le permet : le câblage se replie sans contrainte et le mécanisme rentre droit.
- Marquez la phase d’un adhésif de couleur sur une installation ancienne aux teintes fantaisistes : cela évite un test au VAT à chaque manipulation.
- Utilisez des bornes à levier plutôt que des dominos : elles se rouvrent, se contrôlent à l’œil et acceptent le rigide comme le souple.
- Testez la prise avec une lampe de chevet avant d’y brancher un appareil coûteux.
Quand faire appel à un professionnel
Passez la main à un électricien dès que l’intervention touche au tableau électrique : création d’un circuit, ajout d’un disjoncteur, modification d’une protection différentielle. Faites de même si votre installation ne comporte pas de conducteur de terre, si vous trouvez des conducteurs en aluminium, des isolants en tissu ou des connexions torsadées sous ruban : ce sont les signatures d’une installation vétuste, à diagnostiquer globalement plutôt qu’à rafistoler prise par prise. Enfin, toute intervention en salle de bains ou en extérieur mérite un avis professionnel, car les règles de volumes et d’étanchéité y sont strictes.
Pour aller plus loin
Questions fréquentes
Quelle section de câble pour une prise électrique ?
Du 2,5 mm² pour un circuit de prises classique protégé par un disjoncteur 20 A. Le 1,5 mm² est réservé à l’éclairage. N’improvisez jamais une section inférieure à celle du circuit existant.
Peut-on ajouter une prise sur une prise existante ?
Oui, la dérivation depuis une prise en place est la méthode courante, à condition que le circuit ne soit pas déjà saturé et que la boîte de départ soit assez profonde pour recevoir les bornes de dérivation.
Combien de prises sur un même disjoncteur ?
L’usage retient environ huit socles sur un circuit 16 A et une dizaine sur un circuit 20 A en 2,5 mm². Reportez-vous à la norme en vigueur pour le décompte exact.
Comment savoir quel fil est la phase ?
Le bleu est le neutre, le vert-jaune la terre, et le conducteur restant la phase. Sur une installation ancienne, identifiez la phase au VAT sous tension, puis recoupez avant de raccorder.
Faut-il déclarer l’ajout d’une prise ?
Non pour une simple dérivation dans un logement existant. Une rénovation complète de l’installation, en revanche, donne lieu à un contrôle de conformité avant mise en service.
Ma nouvelle prise fait disjoncter, pourquoi ?
Le plus souvent, un brin de cuivre touche une borne voisine ou le conducteur de terre est en contact avec la phase. Coupez, rouvrez le mécanisme et contrôlez chaque borne.
Sources
- Notices de pose et fiches techniques des fabricants d’appareillage électrique.
- Norme électrique en vigueur pour les installations domestiques basse tension (sections, protections, volumes).
- Documentation des fabricants de boîtes d’encastrement et de conduits.
- Chantiers et retours d’expérience, lemondedubricolage.com.
Le geste est voisin et l’outillage identique : voyez notre méthode pour installer ou remplacer un interrupteur dans la foulée.
Conseils donnés à titre indicatif. Coupez impérativement le courant au disjoncteur et vérifiez l’absence de tension au VAT avant toute intervention. Reportez-vous à la norme électrique en vigueur et aux notices de vos fabricants ; en cas de doute, faites appel à un électricien.

